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La planète internautique et narcissique de Jacques Chevalier, citoyen du monde
 
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MON ROMAN
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Chevaljak
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:31 (2011)    Sujet du message: MON ROMAN Répondre en citant

Tout le monde me dit que je devrais écrire un livre. On me dit doué pour l'écriture et on salue mon imagination aussi débordante que variée. Ma vie en elle-même est riche en histoires de quoi réjouir les nostalgiques et les amateurs de sensations sous-abdominales.

Alors moi je me dis, en fin de comptes, que je devrais m'y mettre, depuis le temps qu'on me le demande, depuis le temps que je tapote du clavier qu'il soit à présent d'un ordinateur comme il fut auparavant celui de divers machines à écrire électriques et mécaniques.

J'ai bien pensé rassembler mes divers écrits, les classer par genre, en faire une espèce de catalogue édifiant de ma vie et de ma vue sur le monde qui m'entoure en spirale mais j'ai perdu nombre de mes écrits d'antan, du temps du papier. De même je n'ai guère conservé d'archives sur mes divers ordinateurs et même sur celui-ci c'est la capharnaüm le plus démentiel au point qu'une chatte, même sur un toit brûlant, n'y retrouverait pas ses jeunes.

Alors quoi ? Tout reprendre à zéro ? Au berceau jusqu'à ce jour dans une autobiographie, non c'est trop long, et cela ne m'amuserait guère et je pense que mon écrit ne serait pas plaisant à lire et, de toutes manières, n'intéresserait pas le moindre éditeur même masochiste voire suicidaire.

Alors donc je vais écrire, ou tenter d'écrire, un roman, une fiction où toute ressemblance avec des personnes et situations ayant existé serait purement induite mais avec une part de rêve laissant courir l'imaginaire. Et comme je suis un fanatique du net, ce sera donc sur ce terrain scabreux que mes lecteurs prendront connaissance bout à bout, durant un certain temps, un temps certain, d'une oeuvre dont le titre suivra le mot fin.

Et tant qu'à faire je vous invite directement à lire le premier chapitre ou, du moins, une partie de celui-ci...


Encore une de ces files à l'unique caisse du supermarché. René râlait déjà de loin se penchant dans le bac des surgelés, celui des fins de courses quand il fait chaud dehors, quand son caractère radin l'empêchait de prendre un sac isotherme par souci d'économie mal placé. Dans les bacs d'articles divers en promotion il avait longuement soupesé des paires de chaussures d'hiver pour, finalement, s'en désintéresser et mettre dans son caddy un réveil de voyage pour le cas où il partirait un jour quelque part dans un autre ailleurs. C'est en remuant les chaussures qu'il l'avait aperçue, grande, maigrichonne, blonde bien évidemment et d'un âge indéfinissable sans doute moins élevé que le sien. Leurs yeux s'étaient croisés à plusieurs reprises et René avait cru percevoir l'esquisse d'un sourire lui adressé par cette inconnue.
Se relevant avec en mains deux packs de hamburgers surgelés René fut saisi de la voir là, tout près de lui, son regard à elle pointé sur les hamburgers dans la main de René. Subjugué, il lui adressa un regard et vit dans ses yeux comme une lumière verte virant au bleu électrique, un peu gêné il baissait les yeux et son regard fila directement dans le décolleté assez bien achalandé de la dame qui fit à cet instant une volte-face nerveuse tout en s'éloignant vers la seule caisse ouverte, son caddy rempli d'un nombre incalculable de légumes et fruits conditionnés.
Elle était là, lui tournant le dos, deux lots de clients, les séparant. Cette robe d'été lui tombait bien et René reconsiderait son premier avis, maigrichonne oui mais bien roulée quand même. Juste devant lui une famille turque avec un caddy rempli de lait, d'huiles et paquets de farine et de riz, de quoi nourrir un régiment d'après Ramadan, l'autre client devant avait quant à lui quelques boites de bière pas chère et deux bouteilles de ce vin qui vous fout des trous dans les boyaux et vous donne ce teint bilieux que René avait fait sien trop d'années avant son abstinence. Comme d'habitude, René repensait à cette époque où il était un alcoolique pratiquant, quand il trépignait d'attendre trop à la caisse du magasin au point se s'accrocher à la barre du caddy comme quelqu'un qui se noit à une bouée.
Elle avait déposé tous ses légumes et fruits sur le tapis roulant et René remarqua qu'en plus il y avait de la nourriture pour les chats. Il esquissa un sourire d'approbation tout en oubliant les gens devant lui et leurs misères respectives d'ordres différents. La caissière était très rapide et la dame rechargeait son caddy à l'emporte-pièce semblant dépassée par la vitesse de cette femme en tablier bleu au regard vide, comme mort. René se demanda même si on n'avait pas remplacé le personnel par des robots. L'alcoolique de devant avait lui aussi déposé son ravitaillement sur le tapis et semblait pris de crampes dans le ventre tant il se tortillait sur place. Le monsieur turc quant à lui construisait sur le tapis une espèce de maison en brik-paks de lait et paquets de farine et de riz du plus bel effet, tandis que sa femme le conspuait tout en agitant frénétiquement un porte-feuilles rempli de photos d'enfants. Elle avait fini de déposer ses courses dans le caddy et sortait sa carte de banque d'une minuscule sacoche bleue portée en bandouillère. Le robot lui demanda ; « je vous fais le compte juste ? » et elle de répondre d'un hochement de tête affirmatif, pas bavarde cette femme, encore un atout se dit René..
Comme elle allait sortir du magasin elle se tetourna vers René et, une fraction de seconde, le toisa de la tête aux pieds pour revenir dans ses yeux avec sur ses lèvres encore cette esquisse de sourire, puis elle quitta le magasin tandis que René ressentait quelques frétillements à hauteur du bas de son ventre. L'alcoolique fut expédié en moins de trente secondes, par contre la dame turque mettait un temps fou à vouloir donner le compte juste au cent près au robot qui, de son côté demandait à René de mettre la plaquette disant d'aller à la caisse 2. A son tour René réemplissait son caddy n'importe comment après avoir bien montré au robot le contenu de son sac à dos aussi vide qu'une église catholique le dimanche. Un coup de carte bancaire et le mot « accepté » libérateur sur le petit écran, celui qui soulage surtout en fin de mois. Les courses au magasin c'est la seule loterie où on gagne à tous les coups, enfin... on récupère sa mise en nature parce qu'avec le scanner l'erreur profitable au client est devenue plus qu'aléatoire.
René, comme à son habitude remplissait méthodiquement son sac à dos sur une des tablettes prévues pour cela après les caisses, il se dit que la dame devait avoir sans doute une voiture et qu'elle avait tout mis dans son coffre et à ce moment-là, derrière la vitre il la vit rapportant son caddy et récupérant sa pièce. Pas un regard cette fois. Bof se dit René tout en sortant lentement du magasin en regardant sans les voir les pubs de la semaine suivante.
Un coup d'oeil à l'horloge de son GSM, juste assez de temps pour prendre le bus, vite ranger le caddy et se taper un sprint de 100 mètres digne des Olympiades avec en concurrence ce satané bus encore en avance. Echouer si près du but !
Las, René déposa son sac à terre et s'assit sur le petit muret se disant qu'il était bon pour une demi-heure gratuite d'attente. Alors qu'il bourrait sa pipe en râlant sur ces bus jamais à l'heure une voiture vint lentement se garer à sa hauteur, une petite, noire, aux vitres fumées.
La vitre côté passager s'ouvrit et René fut transpercé par ce regard qu'il connaissait depuis peu, une voix douce lui suggéra de le charger jusque chez lui, la portière s'ouvrait et comme un automate René s'engouffra dans la petite voiture se confondant en mercis.
« Nous allons du même côté, on est presque voisins savez-vous » lui dit-elle. René était surpris, il connaissait tous ses voisins et jamais il n'avait vu cette dame avant ce jour. « Je viens d'emménager dans la maison rouge à cent mètres de chez vous, vous prenez le bus le matin juste en face ». Là, René ne savait plus que dire et elle de continuer « si vous voulez nous pourrions à l'avenir faire nos courses ensemble, vous pourriez prendre plus, j'ai de la place dans la voiture ». René aquiescait sans mot dire puis, ravalant sa salive, il finit par lui demander, d'une voix hésitante, comment elle se nommait. « Pour vous ce sera Cécile, vous connaîtrez toujours bien ma véritable identité un jour, çà n'a pas d'mportance ». René perçut dans cette dernière phrase une voix plus chevrotante que le ton « hôtesse d'aéroport » qu'il avait ouï auparavant.
Les sept kilomètres lui parurent un seul tant le voyage fut bref, elle le déposa juste à sa porte, René la remercia et la regarda démarrer sèchement pour freiner et s'arrêter devant le portail à cent mètres et disparaître de sa vue.
René se disait en déballant ses boites à chats que Cécile devait faire de même, il imaginait un beau chat persan, tout propre et gentil, bien mieux élevé que ses chats de gouttière, sauvages, à lui.
Soudain René se dit qu'il venait de commettre un impair, il avait demandé son nom à Cécile et ne lui avait pas livré le sien, grosse gaffe de sa part. Peut-être l'avait-elle mal pris, peut-être était-ce un pétard mouillé...
Bon c'est pas tout çà, se dit René en remplissant son frigo, encore une grosse traduction à faire ce soir et puis tout un week-end pour enfin travailler au jardin, tondre cette are de pelouse pleine de cacas de chats, débroussailler la forêt vierge, un fameux challenge pour un mauvais jardinier. Pas mal la nana mais pas d'illusion à se faire. Jolie comme elle est, elle doit avoir un mec dans sa vie et peut-être des gosses chiants. N'empèche que la maison rouge n'était pas grande, il se rappelait l'avoir visitée quand elle était à vendre six mois auparavant par simple curiosité, une seule chambre, grande certes mais une seule à l'étage avec un tout petit coin de salle de bains à côté et un WC type boîte à sardines, pas vraiment une maison pour une famille.
Et ces chats là sur l'appui de fenêtre à brailler comme les affamés de Russie, oui oui, on vient... René saisit deux grosses boites de patée produit blanc et sortit ravitailler le dix chats dont deux pas à lui, enfin ses chats peuvent inviter leurs amis après tout. Et pas un à se laisser carresser, faut dire qu'ils vivent au jardin, n'ont pas froid l'hiver dans l'appentis où trône la chaudière. Belle vie ces chats. Et René de pen,ser au chat de Cécile, sans doute une belle femelle de luxe comparant les marques de luxe dont ses chats à lui ignoraient même l'existence, une belle chatte au pied du lit de sa maitresse enroulée comme un duvet à ses pieds...
Revenant dans sa cuisine René se dit qu'il mangerait bien un morceau, un hamburger au micro-ondes ? La perspective ne lui semblait pas la meilleure, distraitement il prit le camembert dans la porte du frigo, déchira l'emballage et se mit à goifrer tout en allumant la télé à la recherche d'experts de telle ou telle ville américaine et n'en trouva pas, il dut se rabattre sur un de ces nombreux commissaires de police français des deux sexes jouant à l'assistant social en période de rut. Jolie cette commissaire là, même avec son uniforme para-militaire, de beaux yeux, une sensation de déjà vu quelque part. Cécile... Cécile avait les même yeux que la commissaire Machin, une brune.
Peut-être était-ce dû à la fraicheur incertaine du camembert ou à cette chaleur pesante, René s'assoupit dans son fauteuil et se mit à rêver. Les rêves on ne s'en souvient pas souvent et quand ce sont ceux des autres il faut bien les imaginer, c'est une de ces libertés que s'offrent les auteurs avec leurs personnages. René donc était dans son bus comme chaque jour au retour du boulot et Cécile venait s'asseoir près de lui, il faisait pétant de chaud et les cuisses de la femme brillaient de cette fine pellicule humide et moîteet Réné y déposait lentement le bout de ses doigts et Cécile le regardait cherchant ses yeux et René de remonter moderato ses doigts par le creux des cuisses de Cécile sous sa jupe mini un peu retroussée et ce battement sur son coeur... Ces vibrations intenses. René se réveilla d'un coup comme terrorisé, pourquoi donc avoir encore laissé son GSM dans la poche de sa chemise ? Trop tard, la communication s'était perdue. Ce devait être un emmerdeur pour une traduction et sur l'écran la commissaire était prise en ôtage par un grand toxico lui appuyant sa lame de rasoir sur la carrotide.
René se dit alors qu'il irait bien promener son chien comme tous ses voisins, un peu difficile sans chien certes. Trouver un truc pour passer devant la maison rouge voir si... enfin... peut-être l'apercevoir, lui parler, lui dire son nom, pénnétrer dans tous ses intérieurs. René se surprit à bander.
Cela faisait bien longtemps que cet organe n'avait plus servi à autre chose qu'à pisser, René avait fini par se faire une raison, il avait passé l'âge, c'était ainsi. Enfin il avait bien et mal vécu sa vie avec tant de femmes qu'il considérait son sexe comme le pré-pensionné qu'il aspirait à être lui-même à 100 %. Encore quatre années à traduire des dossiers pour tous ces avocats et autres profiteurs de la détresse humaine.
Dans son courrier il avait reçu une enveloppe destinée à un voisin proche glissée par erreur chez lui par un facteur déprimé par Géoroute et il s'était dit qu'il la mettrait le lendemain dans sa boite en allant chercher son bus pour le boulot, et que voila une bonne idée, il décida d'aller mettre l'enveloppe dans la grande boite postale à deux cents mètres lui permettant ainsi de sortir pour une bonne raison et de passer deux fois devant la maison rouge. Un petit coup de peigne pour masquer sa calvitie naissante et le voila prenant la route vers son destin.
Fin de chapitre.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:31 (2011)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:32 (2011)    Sujet du message: Suite Répondre en citant

Cela valait bien la peine de se faire tout un roman, en sortant de chez lui pour aller poster sa lettre René aperçut la petite voiture noire sortant du garage de la maison rouge et s'éloigner en direction du centre-ville, en plus il distinguait de loin la présence de deux personnes dans la voiture. Las, René rentra chez lui et alla s'abreuver de séries américaines jusqu'à plus soif avant de monter dans son lit tout froid pour chipoter un peu avec son nouveau réveil de voyage pour lequel il fallait deux piles qu'il n'avait, bien sûr, pas.

Levé plus tôt que d'habitude René se dit qu'il irait plus tôt au boulot dans l'espoir de terminer aussi plus tôt et après son lavage sommaire du matin, son petit déj' fait de galettes au chocolat trempées dans son café noir, sa série de pilules pour son coeur et ses intestins, le repas des chats et le passage obligé au petit endroit quand le café produit son effet, il sortit pour aller prendre son bus à l'arrêt en face de la maison rouge, comme chaque matin.

Le bus n'arrivait pas et René se demandait si çà valait bien la peine d'attendre, la veille il avait vaguement entendu qu'un chauffeur de bus s'était fait agresser et qu'on parlait d'une grève dans divers dépots des transports en commun. René, à la longue était lassé de ces grèves à répétition même s'il soutenait le principe même de la grève comme arme ultime des travailleurs contre le diktat des patrons. Alors qu'il était plongé dans ses pensées anarcho-syndicales il entrevit la petite voiture noire virer directement de la rue à son garage et Cécile d'en sortir rapidement se mettant à courir vers lui.

« Vous avez bien dormi Jacques  ? J'ai pensé à vous toute la nuit... je vous avais appelé sur votre GSM, vous n'avez pas répondu, je m'inquiétais pour vous. » Tout cela dit plus vite qu'une rafale de mitraillette, René ne voyait que l'éclair rouge des fusils du peloton l'exécutant sur place et Cécile de s'avancer et de lui donner le coup de grâce sous la forme d'un bisou claquant sur son front. Tout retourné notre homme ne savait plus où il était comme s'il venait de prendre un coup de massue. Non ce n'était pas un rêve, Cécile de chair et d'os était bien là devant lui un large sourire aux lèvres et des joues rouge-feu à faire pâli un camion de pompiers.

C'est dans la tête que tout se passe et les fractions de seconde sont bien remplies, les neurônes frais du matin s'entrechoquaient comme les atomes en processus de fission préalable à un nouvel Hiroshima. « Mon Amour ! » Ces deux mots sortirent de la bouche de René comme un vent surgi de nulle part et tandis que le bus arrivait, Cécile et lui s'embrassaient avec la fougue qu'on peut imaginer.

« Votre bus est là Jacques, ne le ratez pas, on se voit le soir au magasin ? Vers 18 h çà vous va ? » Et René de monter dans le bus, tout penaud d'encore avoir rêvé en fantasme. Tandis que le bus s'éloignait il vit Cécile traverser, lui faire un signe de la main et il se remit à rêver.

Il dut bien se rendre à l'évidence, ils ne s'étaient pas embrassés mais pourtant elle était là près de lui, son visage face au sien, son souffle dans son souffle mais le baiser n'était que dans sa tête et ses mots n'avaient pas franchi le mur de ses lèvres. N'empêche René était conquis et se disait bien que, sûr, il avait un ticket avec Cécile. C'est à ce moment qu'il s'aperçut qu'il avait une grosse tache de café sur sa chemise et qu'il avait oublié de fermer la braguette de son pantalon. La gêne.

Arrivé au bureau il dut subir dix fois sa tache sur sa chemise tant en forme verbale qu'en regards voulant dire, tout dire, sur son manque de soin et d'entendre derrière les mégères piailler sur cet homme seul incapable d'arriver net au bureau déjà qu'il était loin d'être un Apollon ou un Adonis.

Qu'importe, son collègue lui fila un tampon magique et la tache de café s'estompa rapidement suffisamment en tous cas que pour faire taire le poulailler à son sujet.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:32 (2011)    Sujet du message: Suite Répondre en citant

Toute la matinée il fut distrait par le téléphone et les exigences en urgence de ses chefs, ces grands maîtres qui passent si bien à la télévision même sans y faire d'effets de manches, tant qu'on les croiraient sympathiques. Sourires « Pepsodent » pour appâter la clientèle et grosse addition en fin de service sinon huissiers. René en avait assez de ce boulot de larbin, de nègre et de préposé aux réclamations, là près de la porte en plein courant d'air, 25 ans d'ancienneté et de courbatures et encore quatre à tirer. En fin de matinée tout se calmait et à midi les trois quarts du poulailler évacuaient le navire jusqu'au lundi, ne restaient en général que René et Sandra la dactylo un peu bébête mais toujours chaude au lit. C'était auprès de Sandra que René faisait ses entretiens une ou deux fois l'an, pour l'hygiène, avec préservatif parce que - quand même - Sandra ratissait large sans pourtant être vénale. Ce vendredi là Sandra évacua aussi l'étude et René se retrouva enfin seul, l'occasion rêvée pour « jouer » un peu sur Internet mais il ne s'y précipita pas pour s'enfouir dans ses pensées et revoir la scène du matin à l'arrêt de bus et se dire qu'il y avait un grain de sable, un rocher même,dans ce scénario :  Cécile l'avait appelé Jacques ! Sans doute qu'elle le confondait avec son frère jumeau et ce qui tracassait le plus René était le fait que son frère Jacques, digne dindon de la farce d'un mariage blanc avait disparu quelque part en Afrique en allant épouser une jolie nénette de 18 ans tout au plus, on avait retrouvé quelques restes de son corps, vêtements et autres bagages le long d'une rivière fort fréquentée par les crocodiles. C'était douze ans auparavant et René s'était chargé de toutes les formalités pour rapatrier les restes et régler tout l'enterrement de son frère sans que sa « belle-famille » réagisse sinon deux ans plus tard pour réclamer une pension pour la veuve éplorée entretemps remariée avec un vieux bonhomme, un géant, des Flandres atteint d'un cancer, et puis plus rien. Or Cécile l'avait appelé Jacques et cela taraudait René.
Jacques était employé dans un ministère, nommé, vivant son travail sans conviction, vieux célibataire, René ne lui connaissait aucune femme dans sa vie. Ils vivaient à plus de cent kilomètres l'un de l'autre et ne se voyaient guère qu'aux enterrements dans la famille. Jacques était passionné de modélisme, il possédait une collection impressionnante de miniatures de véhicules militaires de la seconde guerre mondiale, d'ailleurs René l'avait sauvée de justesse avant que le propriétaire de l'appartement de Jacques reloue son bien, tout ce fatras de plastique dormait dans une dizaine de caisses au grenier. Mais pourquoi donc Cécile l'avait-il nommé Jacques ? Peut-être son frère avait des relations insoupçonnées, peut-être Cécile était-elle passionnée par la seconde guerre mondiale, elle l'avait peut-être connu en Afrique, René savait qu'il y avait vécu trois mois au moment de son mariage qui devait durer une semaine pas plus.
Tandis qu'il ressassait toutes ses suppositions dans sa tête il dessinait machinalement dans la marge d'une de ses feuilles de traduction des petites voitures du type de celle de Cécile et, s'en rendant compte il fit une boulette de ses oeuvres et la lança dans le panier le plus proche, celui de Madame Suzy, la comptable.
Soudain René fut sorti de sa torpeur par un coup de téléphone strident, à l'autre bout du fil une voix féminine, douce comme celle des hôtesses d'aéroport demandant à parler à Monsieur Jacques Van Mossuynck, René répondit sans hésiter que c'était lui-même et la femme de lui demander s'il se sentait mieux que le matin, à l'arrêt de bus et lui proposer d'aller le chercher à l'étude pour aller faire leurs courses ensemble dans un plus grand supermarché de l'autre côté de la ville. René accepta et il fut convenu qu'elle l'attendrait devant l'étude à 16 heures pétantes. René voulut demander à Cécile comment il se faisait qu'elle l'appelait Jacques et qu'elle savait où il travaillait mais la communication s'était coupée. Encore trois heures à attendre, se dit René, en retournant dans les méandres de son cerveau où ses méninges dansaient la samba.
Enfin quoi, c'était clair comme de l'eau de roche, cette femme avait dû être proche de son frère avant son voyage en Afrique et elle avait fait des recherches sur base du nom et le prenait pour son frère. Et c'était plausible après tout, il se rappelait du jour de leurs 18 ans quand Jacques lui avait présenté sa « bonne amie » Ingrid que lui, René, avait déflorée le soir même après une guindaille tant arrosée que Jacques s'était endormi. Logique que Jacques, fort de cette expérience, était devenu plus que discret sur ses relations féminines avec son frère. Le triomphe de la logique en quelque sorte et de belles perspectives pour René, allait-il ne pas révéler son vrai prénom à Cécile ?
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:33 (2011)    Sujet du message: Suite Répondre en citant

D'un autre côté si Cécile avait bien connu son frère il lui serait, René, difficile d'évoquer des souvenirs communs, pas évident de se faire passer pour un autre et puis... pourquoi mentir, elle n'aurait qu'à comprendre après tout et lui valait bien son frère... Et cet après-midi n'en finissait pas et pas moyen d'aller regarder par les fenêtres de façade les "grands maîtres" étaient rentrés.
René fit quelques photocopies en tapant sur la machine histoire qu'on l'entende travailler et, regardant l'horloge, il jura un gros coup, il était 16 heures pile ! Et lui fallait encore fermer son ordinateur et enfiler sa veste et veiller à couper le percolateur du café dont il ne buvait pas, et Cécile devait être là devant à l'attendre, à attendre Jacques qui, lui, cela était certain, n'arriverait jamais.
Seize heures et quatre minutes, René déboucha sur le trottoir tout en sueurs, pas la moindre voiture noire à l'horizon, même pas un corbillard. Le voila donc faisant le pied de grue devant son bureau et le temps passe, les grands maîtres aussi qui l saluent aimablement, il ne doit plus y avoir dans l'étude que la femme d'ouvrage en train de téléphoner à sa soeur sur le compte du bureau.
René est du type patient qui se ronge les ongles jusqu'à se faire mal, et c'est douloureux le soir quand il plonge dans le bac à sel pour une pincée sur ses frites. Presque 17 h et pas de voiture noire, même pas une seule, une autre qui passerait dans la rue.
Et M... se dit René, c'est raté pour le bus de 55, faudra attendre celui de 17 h 25, le bondé de navetteurs retour de la capitale tout suants d'un "airco" défaillant dans le wagon et puant la cigarette fumée en cachette du contrôleur. Et tant pis pour les courses au grand supermarché, Cécile lui a posé un lapin, une salope comme touts les autres.
Juste le temps d'arriver à quelques mètres de l'arrêt pour voir l'arrière du bus s'éloigner, bon ce sera celui de 17 h 55; enfin celui-là il est presque vide. Et voila qu'il se met à pleuvoir et René d'en beugler à voix feutrée contrs ces C... de la météo en beaux costars à la télé.
L'image de Cécile a fini par s'estomper du paysage rêvé de René. Et se remet à pester contre les femmes et de se dire que la veille il n'a pas avancé dans sa traduction et qu'aujourd'hui il a pris du retard dans son boulot et la semaine prochaine il doit se taper une formation au tableur, lui qui n'en n'a aucun usage.
Et demain et dimanche faut absolument faire le jardin, tondre cette foutue pelouse en espérant que cette pluie cesse.
Fantasmer pour une femme c'est comme jouer au Lotto, à part qu'au Lotto il arrive qu'on récupère sa mise.
La petite rousse à côté de lui n'est pas mal se dit-il, un peu trop jeune pour moi mais si elle me demandait, je ne dirais pas non...
"Jacques, ma voiture est un peu plus loin devant vous, je suis dans le magasin de meubles, la portière est ouverte, allez vous y asseoir, j'arrive" Un SMS tout frais venait de lui arriver et son regard quitta immédiatement le balcon bien fourni de la jeune rousse pour cibler à quatre-vingts mètres la petite auto noire qui lui sembla auréolée d'un arc en ciel sous la pluie.
René eut soudain la sensation étrange de passer d'un wagon de 2ème classe bondé et puant à celui de 1ère classe dans l'Orient-Express avec les serveurs Népalais lui proposant à l'oeil du caviar et un Havane.
René prit donc place dans la petite voiture et ne resta seul qu'une fraction de seconde, un doux parfum lui montant aux narines quand Cécile prit place à ses côtés tout en lui disant "je ne t'embrasse pas, je crois que j'ai chopé la crève la nuit passée à l'usine". De plus en plus surprenante cette femme se dit René en faisant un vague sourire.
"Oui je sais tu dois être fâché sur moi, je n'étais pas au rendez-vous, tu sais bien ma mère, pas moyen de s'en défaire, tu as son bonjour, elle est content qu'on se remette ensemble".
Là René ne pouvait plus tenir, il se mit à protester en disant qui il était et que Cécile se trompait, qu'il ne s'appelait pas Jacques, que son frère était mort déchiqueté, qu'elle faisait fausse route sur toute la ligne. En disant tout cela René gesticulait comme un diable sortant de sa boîte et Cécile le regardait avec un grand sourire amusé.
"Je sais bien que tu t'appelles René mais je préfères t'appeler Jacques aussi bien que moi je ne m'appelle pas Cécile mais laisse-moi te dire René, que tu as la mémoire courte et sélective... çà se soigne... on va chez Carrefour ?"
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:34 (2011)    Sujet du message: suite Répondre en citant

René émergeait lentement d'un sommeil qui avait dû être très profond, il se trouvait nu dans un lit qui n'était pas le sien avec sur sa poitrine le bras de Cécile posé et elle même nue couchée sur le ventre à ses côtés.
Les murs, le plafond, le sol, le lit, tout était vert, d'un vert rappelant celui des petits pois qu'on mange en Angleterre. La pièce semblait envahie d'un brouillard vert-jaunâtre donnant à leurs corps une étrange couleur verdâtre ainsi que René les voyait dans un grand miroir posé face au lit qui lui avait semblé être une fenêtre.
Comment donc était-il arrivé là ?
Depuis sa rencontre avec Cécile il lui semblait qu'une éternité s'était passée pourtant elle datait de deux jours auparavant et il ne s'expliquait pas cette intimité si soudaine, d'ailleurs le seul point d'ancrage de sa mémoire était le moment où ils remplissaient le coffre de la petite voiture noire sur le parking du Carrefour après être allé boire un thé vert dans la galerie marchande en surveillant leur caddy comme on surveille des petits enfants.
Les réflexions se bouscuilaient dans son cerveau, le thé vert, la chambre verte, tout ce vert, il devait y avoir un lien. Et ce trou noir entre le parking et ce réveil dans cette chambre avec Cécile nue à ses côtés, lui même nu. Plus que problement ils avaient fait l'amour mais René avait beau triturer sa mémoire, rien ne lui revenait.
Méthodiquement René essayait de retrouver ses marques, d'abord le lieu, on était donc dans une chambre assez luxueuse, grande aux plafonds hauts mais, à première vue sans fenêtres, ou alors peut-être derrière les voilages mais il ne devait pas faire jour, René n'apercevait aucune lampe, aucune source de lumière et pourtant il y avait cette luminosité vert-jaune un peu comme si le brouillard qui volait produisait cette luminessence. Dificile donc d'estimer l'heure qu'il était, en regardant autour de lui il ne trouva aucune trace de ses vêtements, ni de ceux de Cécile posés sur une chaise ou une table de nuit mais de toutes manières, il n'y avait pas de mobilier autre que le lit dans cette chambre.
Cécile sembait profondément endormie et René percevait à peine le léger souffle de sa respiration dans son cou, lui ne la touchait pas même si leurs corps s'effleuraient à hauteur de la taille et des cuisses. René avait l'impression que Cécile brulait d'un feu intérieur tant son corps était chaud, comme son bras d'ailleurs posé sur sa poitrine, la main pendante, comme morte, sur l'aisselle droite de l'homme.
Sûr ! Ils étaient dans un hôtel de passe, sans doute avaient-ils décidé cela après un repas peut-être un peu trop arrosé ce qui expliquerait ce trou noir chez l'homme qui ne buvait plus d'alcool depuis longtemps, mais cela l'étonnait tout de même, lui qui s'était bien juré de ne plus jamais toucher une goutte alcool de toute sa vie. Il se sentit soudain moche et sale.
Si encore Cécile se réveillait, il pourrait y voir plus clair...
Et c'est ce qui se passa même si René n'y trouva rien pour répondre à ses attentes sinon celles de son désir, de son plaisir, et Cécile de se réveiller en descendant petit à petit son bras et sa main tout à coup ravivée vers le sexe de René et de l'astiquer si bien et si fort tandis qu'elle mordillait les mamelons des seins de l'homme tout en trempant les doigts de son autre main dans la bouche vorace du mâle. C'était trop fort, René fermait les yeux et se contractant comme un pont suspendu dans la tempête il sentit en lui puis sortant de lui la charge de la cavalerie légère, en un  instant il devenait Erol Flynn, puis un grand morceau de bois mort qui retombe. Et Cécile de se lever et disparaître dans le brouillard vert...
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:35 (2011)    Sujet du message: Suite Répondre en citant

Fallait quand même bien que René réalise et puisse comprendre au moins où il se trouvait, en fait son réveil fut très douloureux, une crampe au mollet le fit jaillir du lit pour poser à plat son pied sur le sol et tout à coup cette ambiance d'ouate verte disparut pour laisser place aux quatre murs de sa propre chambre avec sa fenêtre sâle entr'ouverte donnant sur son jardin aussi mal entretenu que le forêt vierge après le passage d'un autocar de touristes hollandais.
Ainsi donc René avait une fois de plus rêvé.
Sa crampe passée, il descendit et faillit s'étaler se trébuchant dans son slip trainant sur une marche puis ses chaussettes qu'il enfila puis alla finir de se vêtir avec son pantalon abandonné ainsi que sa chemise en bas au pied du divan devant le poste de télé toujours allumé sur Canal +.
Un strip tease à l'envers en quelque sorte.
Sur l'appui de fênêtre, dehors, les chats miaulaient à l'unisson.
René se sentait un peu fiévreux, une impression d'avoir peu dormi et quelques douleurs au bas du dos.
Dans le salon le regard de René fut attiré sur la table, il y avait là deux verres dont un avec un fond de vin rouge. Se rendant à la cuisine René eut un choc en voyant son évier débordant de vaisselle et la table encombrée de déchets de découpes de légumes et autres épluchures de pommes de terre et d'oignons sur du papier journal chiffonné. Dans une casserole sur le gaz çà glougloutait tout en chassant une légère fumée âcre. René donna un tour au bouton du bec en question et vit dans le fond de sa marmite préférée, celle en fonte avec un manche, qu'il allait devoir y aller fort à l'éponge de fer... Dans un cendrier près de la cuisinère il aperçut quatre ou cinq mégots de cigarettes à bout filtre. Pas de doute, il n'était pas seul hier soir, il y avait eu là une femme, enfin, peut-être une femme. Cécile ? Une autre ?
René se demanda s'il ne s'était pas trompé dans ses médicaments pour le coeur, qui sait si la femme d'ouvrage qui venait deux fois deux heures chaque semaine n'avait pas chipoté dans ses cartouches, c'est vrai que sa collègue Sandra qui venait de temps à autres pour l'entretien, comme au garage : vidange, graissage, se bourrait aux tranquilisants, peut-être avait-elle laissé un jour une de ses plaquettes que la femme d'ouvrage, consciencieuse et pratique aurait remis dans le tiroir ad hoc et lui à force d'habitude de prendre ses médocs à tâtons dans la pénombre se serait offert un cocktail détonnant... Pourtant en inspectant son tiroir à pharmacie tout lui parut normal, et pas de trace d'un autre médicament que les siens.
Dans quelle histoire était-on en train de le manipuler. Lui, René, un peu comme une marionnette guidée par des fils invisibles, oui c'est cela un personnage comme téléguidé n'ayant plus aucune prise sur lui même, peut-être vivant seulement pour interpréter des scènes un peu comme au cinéma, sans nécessairement le suivi, décousues, illogiques.
Pourtant il était bel et bien seul à ce moment précis, peut-être la veille avait-il été avec Cécile ou une autre, et pourquoi paqs "un" ? Enfin cela il ne pouvait pas le concevoir ayant toujours été adversaire de l'homosexualité, du moins pour lui-même.  Il lui fallait bien, dans sa recherche, admettre toutes les éventualités...Il n'empêche que dans le brouillard de la chambre verte c'était bien Cécile qui lui avait pompé son énergie, que ce corps glissant sur lui et se retirant comme la marée monte au Mont Saint-Michel était bien celui d'une femme, d'une très jolie femme de surcroit.
René se préparait un Senséo et cherchait dans ses réserves s'il avait encore un pot de marmelade à l'orange, sa préférée, très occupé il n'avait pas réalisé que quelqu'un était rentré dans la pièce et s'était assis sur le banc derrière la table de cuisine au seul endroit un peu dégagé par les reliefs de préparation du repas probable de la veille.
Dans le grand silence de ce matin original une voix rauque retentit : "Pour moi ce sera un déca si tu veux bien" .
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:36 (2011)    Sujet du message: suite Répondre en citant

"Mon chéri, faudrait peut-être que tu donnes quelque chose à manger à tes chats, ils crient famine !"
Toujours cette voix rauque qui ressemblait à celle de sa mère, René se disait que s'il se retournait il verrait là sa mère, morte depuis de longues années et que ses rêves continuaient de plus belle pour tourner au cauchemar. Sans se retourner donc il déposa un "pad" de déca dans le filtre de sa Senséo et prit une boite de nourriture pour chats puis s'empressa de sortir sans regarder la source de la voix pour nourrir ses infernaux félidés.
En leur remplissant l'écuelle il se dit qu'il se passait des choses étranges chez lui, il caressa un chat, le plus méchant, qui se retourna vers lui en lui griffant la main, il ressentit la douleur et dût bien se convaincre qu'il était bien réveillé. Ravalant sa salive il retourna vers la cuisine avec la ferme intention de résoudre toutes ces énigmes.
Cécile trempait un bout de pain français dans sa tasse de café, elle portait sur elle une des chemises de René et rien d'autre, seulement boutonnée à hauteur des seins. Comme il rentrait elle le fixait avec des yeux amusés. René passa derrière elle et posa ses mains sur ses épaules, Cécile murmura quelque chose que René ne comprit pas puis il se décida à parler.
"Je n'y comprends plus rien, que fais-tu ici chez moi, à moitié nue dans ma cuisine ? Je ne te connais pas ou presque pas, comment se fait-il que... ?"
"Assieds-toi, ton café va refroidir, j'ai mis du beurre et de la marmelade à l'orange sur ton pain... ce matin on ne doit pas trainer, rappelles-toi, nous partons à la mer".
René s'assit en face de Cécile, la table était débarrassée de tous les déchets de légumes et autres victuailles, une jolie nappe blanche ornait la table avec, posé dessus, ce petit déjeuner simple mais appétissant.
"Mais non, je ne vais pas à la mer, je dois tondre la pelouse et faire mon jardin, pour une fois qu'il ne pleut pas dans ce foutu pays..."
"Taratata, ne cherches pas de faux prétextes, ta pelouse est tondue et ton jardin est le plus beau de toute la rue, mais si tu préfère le jardinage tu peux faire le mien..."
René jeta un coup d'oeil par la fenêtre et vit, avec stupéfaction son jardin plus beau qu'il ne l'avait vu même quand il avait payé les services d'un jardinier il y a cinq ans. Là, René n'en pouvait plus, il ne comprenait plus rien et commençait à s'énerver mais les mots ne venaient pas comme s'ils restaient au fond de sa gorge.
Il se mit à regarder Cécile, à la détailler, son visage était frais, quelques petites rides sur les côtés de yeux trahissait son âge qu'il estima dans la quarantaine, plus près de cinquante ans, ses chevaux blonds étaient mouillés et lui collaient sur le haut du front, elle les portait mi-longs. Cécile portait le café à sa bouche et René remarqua sa main tenant la tasse avec grâce et son petit doigt pointé vers le haut comme sa mère le faisait et que cela le faisait tant rire quand il était petit, mais cela ne le faisait plus rire maintenant, Cécile ressemblait un peu à sa mère, en plus jolie toutefois.
René fit un effort immense et il finit par lâcher quelques mots : "est-ce que nous avons fait l'amour cette nuit dans une chambre verte ?", ce à quoi Cécile répondit sur un ton amusé : "oui mon chéri mais je n'ai pas remarqué que la chambre était verte, il me semblait plutôt que le tapis était rose saumon...".
Et c'était vrai que le tapis était rose saumon et les tentures rouge brique. René commença à manger son morceau de pain français en te trempant dans son café tout en s disant qu'il compliquait tout alors qu'il avait sans doute niqué cette nana et qu'il la re-niquerait encore bien volontiers d'autant que son jardin était bon jusque la fin de l'été et que cela ne servait à rien de vouloir tout comprendre quand on a la chance d'avoir une telle nana dans sa vie et dans son lit. Un sourire béat marquait son visage tandis que Cécile lui demandait : " c'est bien à Ostende dis ?"
A Ostende ? Quelle drôle de question se dit René soudain dubitatif.
"A Ostende ?" dit-il.
"A Ostende, la tombe de ton frère René." répondit sèchement Cécile devenue soudain grave.
René faillit s'étouffer et toussota quelques coups tandis que Cécile se levait, prenait les tasses vides pour les déposer dans l'évier.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:36 (2011)    Sujet du message: Suite Répondre en citant

La faille... René avait trouvé la faille qui allait déstabiliser Cécile, la veille elle lui avait dit qu'elle savait qu'il était René et non Jacques. Donc René était bien René et présentement vivant puisque le plus méchant des chats l'avait griffé et que René avait eu mal et gardait une trace bien visible de ce cour de griffe sur son avant-bras gauche, donc il fallait bien se rendre à l'évidence ce n'était pas René qui était enterré à Ostende, donc René n'était pas mort, donc Cécile se trompait ou mentait à dessein... le quel ?.
René voulut confondre Cécile sur le champs mais il se ravisa voulant analyser plus finement le scénario que lui montait cette intrigante. De plus en plus René se sentait le jouet d'une machination alliée avec des éléments prétendument surnaturels, une mise en scène bien huilée pour le faire basculer dans la folie, pour peut-être en fin de compte s'emparer de sa fortune. Ce qui était d'autant plus surprenant car René n'avait que des dettes, pas importantes certes mais loin du pactole peut-être espéré par Cécile, à condition que cette femme se prénomme bien Cécile. Toutes ces pensées naviguaient dans la tête de René tandis qu'il rassemblait quelques vêtements et du linge de corps dans une espèce de grand sac mou comme en ont les footballeurs quand ils vont à l'entrainement, Cécile était repartie chez elle chercher sa voiture et nourrir sa chatte, prendre un petit bagage puis repasser par la maison prendre René pour l'amener à Ostende.
A l'idée d'aller s'incliner sur sa propre tombe, René frémit puis éclata de rire, tout seul, regardant un peu partout autour de lui, craintif à un éventuel retour de Cécile qui accomplissait tout plus vite que l'éclair, il rit si fort qu'il sentit ses yeux trempés de larmes.
Peut être que Cécile était une mythomane, ou bien tout simplement qu'il lui manquait une case, peut-être était-elle malhonnête mais René refusait de marcher dans cette hypothèse, peut-être était-elle tout simplement un peu perdue dans ses histoires qu'elle inventait. Pourtant, force était de constater qu'elle avait l'air de mieux mener sa barque en eaux troubles que le pauvre René voguant à l'aveuglette sur la mare au Diable.
Pris d'un doute il saisit son porte-feuilles et en sortit sa carte d'identité, ouf, il s'appelait bien René et n'avait même pas Jacques dans ses prénoms. Rassuré tout en pensant quand même qu'il devenait un peu fou dans cette histoire il fit glisser le fermoir de son sac, le jeta sur ses épaules et descendit les escaliers. Dans le hall Cécile, affublée d'un ciré jaune comme un marin-pêcheur l'attendait en ébouriffant ses cheveux qui avaient fini de sécher, cela lui donnait une frimousse plus jeune et surtout très appétissante au point que René, une lueur fauve dans les yeux, lui proposa avant de partir, histoire de prendre des forces, une escale technique en vitesse dans sa chambre, et, contrairement à ce qu'il croyait, Cécile accepta et ils montèrent en courant les deux volées d'escaliers tout en se déshabillant comme les arbres perdent leurs feuilles jaunies par vent fort en automne, ils étaient nus quand Cécile, la première arrivée à bon port, poussa la porte de la chambre et y projeta René qui roula sur le lit.
La chambre était remplie d'un brouillard vert !
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:38 (2011)    Sujet du message: suite Répondre en citant

"Vous pensez qu'il va bientôt sortir du coma, Docteur ?"
Cécile tenait la main de René qui venait d'arriver inconscient au services des urgences de l'hôpital d'Ostende. Le médecin se palpait le menton et avait plus l'air d'un ruminant attendant le passage d'un train que d'un urgentiste affairé.
"On ne sait pas dire çà Madame, comme çà, c'est possible dans cinq minutes, une heure, comme plusieurs jours voire des années, vous êtes son épouse ?"
Cécile ne répondit pas se contentant d'un vague hochement de tête que le ruminant interpréta comme une répons positive, il voulait aussi savoir le nom du patient et prit cinq bonnes minutes à se faire épeler le nom et le prénom de René par Cécile dont les yeux étaient emplis de larmes V-A-N--M-O-S-S-U-Y-N-C-K---J-A-C-Q-U-E-S....
Bien qu'inerte et l'air inconscient René entendait toute la conversation et aurait tant voulu intervenir mais il n'arrivait même pas à produire l'esquisse d'un mouvement, à fortiori d'un son. Pourquoi Cécile disait-elle qu'il se prénommait Jacques, dans quel intérêt ?
Derrière ses paupières René était comme au cinéma, il revoyait les actualités de la veille en boucle, lui au centre de l'image devant un tombe portant son nom et son prénom... René. Il voyait tout cela dans une espèce de halo verdâtre et Cécile nue à ses côtés le prenant par la taille, se lovant contre lui aussi nu qu'elle. que faisaient-ils nus dans ce cimetière inconnu où René n'avait jamais mis les pieds, même et surtout sous terre. Le film s'arrêtait brusquement et recommençait chaque fois sur le sentier menant à la tombe, un simple espace de terre nue avec quelques petits pavés rouges alignés dessinant un rectangle et une petite plaque avec rien que son identité à lui ou, en tous cas, il en était persuadé à l'un de ses homonymes.
Le médecin demanda à Cécile comment s'était passé l'accident, quel choc aurait pu subir la victime puisque qu'il ne décelait aucune trace de coup sur le corps de l'homme et le scanner effectué à l'admission n'avait rien apporté comme éléments. Cécile ne répondait rien, elle se contentait de remuer un peu la tête et le médecin d'insister au point que Cécile finit par dire très bas que Jacques avait eu un malaise en lui faisant l'amour, que c'était pour cela qu'on l'avait trouvé nu.
Le médecin lui dit que tout de même... faire l'amour dans un cimetière était pour le moins insolite, surtout couchés sur une tombe d'un parent et de déshabiller Cécile des yeux se disant qu'il se la ferait bien dans les toilettes puisqu'elle était bien capable de faire çà sur une tombe, et il s l'imaginait nue.
René avait tout entendu et son rêve à répétition changea tout à coup de scénario, il se retrouvait sur son lit dans la chambre verte avec Cécile lui appliquant un massage à la bouche dans la pure tradition des films cryptés qu'il regardait parfois la nuit sur une chaine de télévision à péage.
Le brouillard se dissipait et il se retrouvait face contre terre avec au dessus de lui ce panneau portant son nom et son prénom surtout, le bas ventre douloureux comme tailladé par nombre de coups de couteau voir de lames de rasoir.
Il sentait la main de Cécile, toute humide de sueur et l'odeur du sexe de la femme lui fouettait les narines pire qu'une assiette de carcasses de crevettes décortiquées laissées en plein soleil.
Le médecin se muait en interrogateur, il voulait comprendre ce qu'il s'était passé, pourquoi avaient-ils fait l'amour dans ce cimetière sur la tombe d'un type portant le même nom mais pas le même prénom, le mort... était-ce son frère, son père, son fils peut-être et comment expliquait-elle le fait d'avoir fait l'amour, elle-même en ce lieu. Cécile ne disait rien, ne remuait plus de la tête, elle restait le regard figé sur les yeux clos de René.
Le mot "Fin" commençait à apparaître sur les images cent fois revues et René avait l'impression de s'enfoncer dans une vase qui peu à peu allait l'engloutir, déjà ses oreilles bourdonnaient du clapotis des vagues de cette eau sale et verdâtre tirant vers le noir. René commençait à mourir.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:38 (2011)    Sujet du message: suite Répondre en citant

Il parait que, quand on meurt, on revoit toute son histoire défiler à l'envers ou à l'endroit, enfin personne ne sait exactement puisque personne n'est jamais vraiment revenu de la cité des morts, sauf sous anesthésie ou bien repêchés de justesse quand de prompts massages réactivent haut les coeurs et l'injection du sang là où il faut. On dit aussi que les pendus ont une formidable érection au moment de mourir.
René n'était en train de gigoter à la corde du gibet du coin pourtant, sous le drap on voyait pointer bien vertical ce qui ne pouvait être que son membre viril. Le médecin n'en croyait pas ses yeux, lui qui, atteint de la prostate, la portait molle et toujours mouillée. Cécile ne pipait pas un mot, son attention attirée et son regard dirigé vers les yeux de celui qu'elle désignait sous le prénom de Jacques.
On eut dit qu'un rayon lumineux, un laser peut-être, fusait des yeux de la femme vers les paupières closes de l'homme qui palissait aussi fort qu'il bandait haut.
René ne voyait plus rien sur son écran personnel, tout était blanc, seul un point vert lumineux d'abord minuscule allant s'aggrandissant donnait quelque vie à cette uniformité froide, semblant être un linceul.
Avez-vous déjà tenté l'expérience de capter le soleil avec une loupe ou un cul de bouteille pour que tous les rayons se concentrent en un point sur une feuille de papier uniformément blanche, quand le papier s'enflamme, ou du moins cuit, le point initial s'aggrandit. C'est un peu cela que voyait et ressentait Réné, y compris une chaleur brûlante sur sa poitrine et sa tête.
Soudain son cerveau fonctionna le temps d'un instant, il se vit dans un four crématoire, on le brûlait, on allait répandre ses cendres sur une pelouse, il entendait encore les dernières notes de l'Addagio d'Albinoni et apercevait derrière une grosse vitre le visage de sa mère à côté de celui de Cécile, la ressemblance était frappante, les yeux surtout verts, un peu comme les chats.
Pourquoi le faisait-t-on brûler si vite ? Pourquoi n'avait-il pas vu défiler des cortèges d'amis et collègues plus ou moins gênés de se trouver là à déposer les cartes de visites des absents dans une cébille, à arroser son cercueil un peu comme on égoutte la salade. Il avait tout de même bien payé sa vie durant plein de mensualités pour son épargne funérailles; il avait tout orchestré et l'assureur avait promis qu'il ferait exécuter tout ce que René avait mis au programme pour ses noces avec la faucheuse. Sans doute les assureurs avaient découvert quelque chose de louche sur les circonstances de la mort de René et du fait d'une clause écrite en tout petits caractères sur le contrat, son programme avait été revu à la baisse, mêm s'iol avait eu son Addagio...
René n'était ni au four, ni au moulin et quand son phallus finit par redescendre de plusieurs crans il ouvrit un oeil, puis l'autre et fit un large sourire à Cécile à ses chevets.
Un brouillard vert venu d'on ne sait où s'installa dans la pièce que le médecin avait fini par quitter discrètement s'en allant dans les toilettes se procurer un peu de plaisir en solitaire.
Les ongles de Cécile s'enfoncèrent dans le paumes de René tandis qu'elle disait : "te revoici enfin mon Jacques, je suis si heureuse..." et René de penser qu'au fond, pourquoi pas se nommer Jacques si cela pouvait faire plaisir à cette femme dont il rêvait déjà de réarpenter les couloirs de temps en temps.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:39 (2011)    Sujet du message: Suite Répondre en citant

René avait donc décidé de correspondre aux attentes de Cécile sans plus se poser de questions et dès sa sortie de l'hôpital le couple s'en alla en France longeant la Manche puis l'Atlantique, s'arrêtant çà et là dans de jolies fermettes servant de gîtes ruraux, jamais trop près de la côte, suivant un choix délibéré par Cécile qui disait avoir peur du mouvement des vagues.
René ne s'inquiétait plus quand elle l'appelait Jacques surtout quand ils faisaient l'amour dans des chambres vertes où planait ce même brouillard vert-jaune un peu fluorescent. Mieux encore il se réjouissait de cette ambiance où leurs corps se fondaient l'un dans l'autre en faisant grossir ce brouillard autour d'eux plus ils montaient à l'orgasme.
René avait déserté son emploi, son chez lui, ses chats, ses habitudes, plus rien ne lui importait de son passé il vivait à fond sa relation avec Cécile et, en fin de compte, le couple passait plus de temps en chambre et en voiture qu'ailleurs.
Un peu triste quand même de n'avoir aperçu le Mont Saint-Michel que de très loin, Cécile lui refusa sèchement cette étape et il n'insista pas.
Trois mois s'étaient passés depuis la presque mort de René et le couple arrivait à hauteur de Biarritz et c'est là que, pour la première fois, ils firent l'amour dans une chambre rose sans le moindre brouillard vert. C'était pourtant aussi bien que tous les autres jours et quand ils s'endormirent épuisés un filet de brouillard vert pénétra dans la chambre passant par les interstices des volets clos. Ce brouillard, quoique très léger alla se nicher au dessus de la garde-robes en face du lit.
René se réveilla et remarqua cette espèce de nuage ressemblant à un cumulus mais vert, d'un vert sombre qui, plus il le regardait s'estompait pour finir par disparaître de sa vue.
Cécile dormait à poings fermés, le corps tout entier découvert, et René remarqua dans le bas de son dos un tout petit tatouage vert, une torsade ressemblant à un serpent. Il était très surpris parce qu'ayant pris Cécile durant plus de trois mois dans toutes les positions amoureuses imaginables il n'avait jamais remarqué ce tatouage de deux ou trois centimètres de long.
Concentrant son regard sur lui il eut l'impression de voir le serpent s'animer, gigoter même sur la peau blanche, voire diaphane de Cécile et il dut se pincer pour se rendre compte qu'il ne rêvait pas. Cela ne dura qu'un instant puis le serpent repris sa position statique et ne bougea plus de toute la nuit.
Le lendemain matin, les amoureux prirent un douche ensemble et René, comme chaque jour, s'occupa de laver le dos de sa compagne, le serpent avait disparu avant même que l'eau chaude ruisselle sur le dos de Cécile.
René préféra ne pas parler de sa vision de la nuit mais il remarquait chez Cécile une espèce d'agacement à l'écoute des commentaires de René sur la beauté des Pyrénées toutes proches.
Leurs relations étaient la plupart du temps très silencieuses, seul René s'exprimait, Cécile, sans devenir muette ne parlait presque pas sauf en société quand il y avait des gens autour d'eux, des banalités, des formules toutes faites, un peu comme si elle parlait par obligation et son débit était lent et un peu mécanique, en fait elle ne parlait pas à René, elle ne lui répondait que par des sourires, ou des moues dans le visage, ils mots étaient pour les autres, des civilités en quelque sorte.
Il n'y avait qu'aux moments d'extase que Cécile sortait sa voix, ou plutôt ses cris de plaisir qui parfois trahissaient comme une douleur intense.
René n'avait jamais tant fait et si bien l'amour qu'avec cette femme, chaque jour leur relation sexuelle passait un nouveau cap, dans la durée surtout, dans une intensité que jamais il n'avait connue de toute sa vie, et pourtant il en avait des expériences cet homme !
Pourtant la nuit suivante ils ne firent pas l'amour, Cécile prit deux aspirines et se coucha fiévreuse. René la respecta et ne tenta rien posant seulement son bras sur la taille de Cécile couchée sur le ventre le visage caché dans le traversin.
En plein milieu de la nuit, René sentit comme un vive chaleur sous sa main posée sur les reins de sa femme, il retira sa main et dans la pénombre il vit assez distinctement le petit serpent vert qui gigotait à fleur de peau de Cécile, il avait grandi, il mesurait au moins le double de la veille et il était plus vert.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:40 (2011)    Sujet du message: Suite Répondre en citant

Comme la veille, au matin, dans la douche, le petit serpent avait disparu mais René gardait dans la paume de sa main une trace de brûlure et çà lui faisait mal. Mais il n'en parla pas à Cécile tant celle-ci avait l'air préoccupée. Nerveuse même, renversant sa tasse de thé vert parterre au grand dam de la logeuse qui voyait ainsi se briser une des tasses ancestrales de sa famille, mais le client est roi tant qu'il paye.
Et justement René pensa que depuis leur départ c'était toujours Cécile qui avait payé en liquide tous leurs logements et les restos, sans jamais pour autant aller à la banque ou un quelconque distributeur d'argent. De plus, un jour qu'elle était à la toilette René avait opéré une petite fouille des affaires de Cécile et n'avait pas trouvé le moindre euro, le moindre cent, pas de carte d'identité non plus, sa petite sacoche ne contenait en fait qu'une mèche de cheveux, qui lui sembla être les siens à lui et quelques petits bouts de papiers remplis de signes cabalistiques indéchiffrables. Et c'était pourtant de cette petite sacoche qu'elle sortait les billets servant à payer, et quand on lui rendait de la monnaie elle la donnait à René dont les poches finissaient par devenir assez lourdes.
Il y avait manifestement une accumulation de signes qui donnaient à cette histoire un côté assez surnaturel et, même s'il avait décidé de ne plus s'étonner de rien et de profiter à fond de cette nouvelle vie, René se demandait parfois si Cécile n'avait pas conclu un pacte avec le Diable ou un quelconque esprit.
"Cap sur Carcassonne ! Il faut que je te présente à ma mère !", Cécile sortant de la salle bain en finissant d'enfiler une robe verte - que René voyait pour la première fois - avait l'air réjoui et sa peau sembla à l'homme un peu plus halée que d'habitude comme si elle avait bronzé à la toilette....
La route était longue jusque cette ville et Cécile ne dit rien tout le trajet se contentant de fredonner un vieux tube de Sheila.
Comme d'habitude René parlait de tout ce qu'il voyait le long du chemin, là un château, là un pont sur un rivière,  là un site remarquable, il s'aidait de son guide Michelin qui était devenu sa lecture quotidienne depuis trois mois, avec un bic vert il traçait le chemin parcouru sur la carte de France miniature qui se trouvait en fin de volume.
Ils arrivèrent près de Carcassonne au tomber du jour et Cécile enfin se décida à parler.
"Nous ne ferons pas l'amour chez ma mère, tu comprends Jacques, par respect pour René, maman l'aimait beaucoup, elle ne comprendrait pas que nous couchions ensemble et même que nous dormions ensemble, son frère et moi son ex-femme".
Là René eut comme l'impression de chuter lourdement dans le fond de son siège, qu'est-ce que c'était que cette nouvelle histoire ? Même en admettant une confusion de prénoms de la part de Cécile il était impossible que son jumeau ait eu à un quelconque moment de sa vie une femme comme Cécile.
Et si Jacques en fait n'était pas mort quelque part en Afrique, et s'il était revenu discrètement en Europe se faisant appeler René, et s'il avait monté toute une histoire abracadabrante pour se faire passer pour son frère et qu'il ait effectivement été le mari ou le compagnon de Cécile. Et si Jacques avait parlé de son frère Jacques à Cécile en se faisant appeler René ? Mais cela n'expliquait pas les divers phénomènes "surnaturels" vécus depuis leur rencontre, et tout ce vert inondant littéralement leur vie à tous les deux.
Heureusement la petite voiture de Cécile était noire, ce qui rassurait René, et la femme rangea le véhicule sous un gros chêne à l'entrée d'une vaste propriété.
"Nous ferons le reste du chemin à pieds, maman ne supporte pas la vue des automobiles, çà lui fait peur, et à son âge un accident cardiaque est si vite arrivé".
Une voiture normale n'aurait de toutes manières pas pu rouler sur ce chemin, peut-être une 4X4, tant il était tortueux et rempli de bosses et de trous avec tout autour une végétation de mauvaises herbes et de ronces rappelant à René son propre jardin avant le miracle du jour de son départ.
Soudain le mauvais chemin aboutissait à un jardin "à la française parfaitement entretenu avec un plan d'eau et des fontaines en cascades, derrière trônait un petit château bordé de douves avec un pont de pierre donnant accès à une cour intérieure avec un grand escalier, trop grand pour la dimension somme tout assez réduite du corps de logis dont toutes les fenêtres portaient les volets clos.
René constata, non sans plaisir, qu'il n'y avait rien de vert dans la couleur de ce château. Tout ce vert à la longue finissait par lui donner la nausée. En montant ce grand escalier, René constata que la robe de sa compagne était passée du vert au rouge et que la coiffure de Cécile, ébouriffée le matin, était devenue lisse avec dans le blond des reflets auburn.
Une espèce de pingouin ouvrit la porte à double battants et d'un geste fit signe au couple de le suivre.
"Madame votre mère se repose au jardin d'hiver, cela fait trois jours qu'elle vous attend, je vous préviens, elle n'est pas de bonne humeur ce soir."
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:41 (2011)    Sujet du message: suite Répondre en citant

Le jardin d'hiver était en fait une véranda occupant toute la largeur arrière du petit château, cela ressemblait à une serre et il y régnait une chaleur humide, quasi tropicale. Le soleil dardant les grandes vitres de ses rayons, il planait dans ce jardin d'hiver comme un brouillard verdâtre mais différent de celui que René avait appris à connaître depuis trois mois, ce brouillard-ci était humide et tiède, il imprégnait les vêtements jusqu'à la peau et on se serait cru dans un bain turc. Cette pièce était encombrée de pots et autres bacs en grès et en terre cuite d'où émergeaient des plantes grasses aux feuillages immenses allant courir jusqu'aux vitres supérieures de l'endroit et dans cet amas de verdure se tenait assise en position du lotus une petite vieille femme l'air tout désssèché dont les yeux jaune vif fusillaient Cécile et René tour à tour.
"Jai failli attendre, fille !" gronda un voix sortant d'une gigantesque feuille d'un vert très foncé ressemblant à l'embouchure d'un bombardon d'harmonie.
René remarqua très vite que la vieille disposait d'un petit micro et d'un casque sans doute dotés d'écouteurs probablement raccordés en haute fréquence sur une installation de diffusion sonore masquée par les couches et les couches de feuillages.
Cécile vit que René avait compris le truc et lui dit à voix basse que sa mère était presque sourde et parlait très bas vu sa faiblesse, tout cet appareillage lui permettait d'assurer, de crier aussi fort que dans sa jeunesse. Elle lui confia aussi que c'était son frère René qui avait mis au point cette installation peu de temps avant de s'en aller mourir sur la plage à Ostende... trois ans auparavant.
Avec l'air de rien, par petites touches, René reconstituait la ligne de vie de son frère dont les restes ramenés d'Afrique auraient dû faire l'objet d'une comparaison ADN avant d'en conclure qu'ils étaient bien les siens.
"Vous voila enfin René ! trois ans déjà que cette installation doit être réglée, mon retour ne fonctionne pas bien, çà grésille dans mes écouteurs..." gronda la voix de sa "belle-mère".
"Maman... Ce n'est pas René mais son frère Jacques, son jumeau, dont j'ai retrouvé la trace en Belgique, je ne pense pas qu'il puisse faire quelque chose pour ton installation, René est mort, rappelles-toi, à Ostende, sur la côte belge" hurla Cécile dans ses mains placées devant sa bouche en porte-voix.
Pour un peu la scène étant tellement surréaliste, René faillit éclater de rire mais une boule dans sa gorge allait s'enflant et il avait de plus en plus de mal à respirer. C'est que ce qu'il voyait était potentiellement effrayant. La maman de Cécile, en position du Lotus avait dans le croisement de ses jambes à nu une grosse poignée de petits serpents verts qui n'arrêtaient pas de gigoter, de monter vers ses seins nus également, la vieille était toute nue, comme pour prendre la tétée aux mamelons tout fripés, une fois rassasiés, en une ou deux secondes ils retombaient dans le creux des jambes tandis que d'autres montaient à l'assaut tout en se battant entre eux.
Soudain, comme illuminé par un génie,René se précipita vers la vieille et lui arracha le casque sonore, une espèce de casque de cycliste en boudins, il le secoua vigoureusement et deux petits serpents desséchés en tombèrent. Gentiment il replaça le casque sur la tête de la vieille et celle-ci lui fit un sourire tout doux en le remercia d'avoir mis fin aux grésillements qui la faisaient souffrir depuis tant d'années.
"Tu vois bien maudite gamine que c'est bien notre René" hurla la grande feuille verte et René de hocher la tête de haut en bas, de bas en haut. Oui il était bien René mais pas ce René-là ou alors il vivait un dédoublement de personnalité, un espèce de métempsychose le faisant vivre, lui-même René, deux histoires différentes,  en temps réel et il jugea en une seconde que ce qu'il considérait comme des croyances imbéciles avaient peut-être un fonds de vérité.
Mais cela n'expliquait pas tout le reste et le tableau qu'il voyait se dérouler devant ses yeux de la vieille donnant le sein à des serpents signifiait sans doute autre chose en rapport avec le petit serpent sur le bas du dos de Cécile les deux nuits auparavant et cette brûlure qui lui faisait de plus en plus mal.
Cécile était sortie de la véranda et René la voyait descendre dans un beau jardin remplis de parterres de roses à perte de vue, la vieille s'était endormie et les serpents repus finissaient de remuer entre ses cuisses. René se sentit tout à coup bien seul.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:41 (2011)    Sujet du message: suite Répondre en citant

Cécile ressentait une étrange lassitude, ce jardin de roses que son père lui avait dessiné ne lui inspirait même plus d'intérêt quoique toujours très beau et bien entretenu par Tom, le vieux jardinier anglais qui vivait encore à l'autre bour de la propriété dans ce que l'on nommait pompeusement "le pavillon de chasse".
Au village on présentait les habitants du château rose comme de doux illuminés revenus riches des Indes ou d'un autre pays mythique et forcément lointain. Ce petit château comme tout son environnement, cela faisait un pu kitsch par rapport au bâti de toute la région, il étaient heureusement hors de vue vu la forêt qui enserrait le jardin à la française et le corps de logis tout de même très bas, court sur pattes comme disaient les paysans de la région.
Les parents de Cécile, outre le fait de leur origine un peu incertaine, de leur serviteur en livrée et de leur jardinier très British, semblaient mener une vie en dehors du temps.
Ils n'avaient eu que deux filles, des jumelles Cécile et Céline, la seconde était morte quelque part en Afrique lors d'une mission humanitaire. Enfin, c'est ce qu'on disait publiquement. D'autres voix plus discrètes disaient qu'il se passait bien des choses dans cet endroit le soir, la nuit et qu'un jour Céline fut emmenée en ambulances aux urgences d'un hôpital puis transférer dans la section psychiatrique d'un autre. Cécile semblait mieux dans sa peau quand elle quitta la maison familiale pour aller faire des études d'assistante sociale en Belgique où les écoles sociales sont reconnues internationalement comme les meilleures, du moins en langue française et c'est là qu'elle fit la connaissance d'un ingénieur belge étudiant le rythme des marées et tout ce qui avait rapport avec la mer, un gars appelé René qu'elle épousa en cachette de ses parents, étant majeure.
René avait vécu plusieurs années en Afrique auparavant et, là-bas, avait étudié les croyances de certains peuples et en avait ramené toute une collection d'objets de culte mais aussi des jeunes pousses d'arbres, des graines de fleurs et autres végétations de ces pays ainsi qu'une espèce de vivarium contenant une grande variété d'araignées vivantes et quelques oeufs de serpents. René buvait beaucoup et quand il était au château on le voyait souvent au seul tabac du village s'y saouler au pastis jusqu'à des heures avancées de la nuit, de temps à autres il ramenait l'un ou l'autre compagnon de beuverie au château pour leur monter ses araignées ainsi que cette mystérieuse boite où il disait avoir une centaine d'oeufs de serpents. La rumeur populaire s'alimenta donc au village de suppositions, parfois effrayantes, et de mettre en rapport une épidémie locale qui tua douze chiens du village sans que le vétérinaire en trouve la cause.
En fait la rumeur populaire était bien en deçà de la réalité, les oeufs étaient éclos et une noria de serpents de toutes taille s'ébattaient un peu partout dans le domaine, dans les douves du château et les plus petits entre les cuisses de la mère de Cécile lui aspirant jusqu'à plus soif le lait de ses seins.
Tout cela Cécile le voyait défiler dans le cinéma permanent de son cerveau. Elle haïssait ces serpents et ces araignées, un jour elle fut la proie des un et des autres et ne dût son salut qu'à Tom, le jardinier anglais lui dégageant de son corps nu en sortant du bain avec son tuyau d'arrosage les bestioles lui suçant le sang. C'était un peu après le décès de René sur une plage d'Ostende où il avait établi ses quartiers pour réaliser ses études sur ls marées. une ville de bord de mer où René buvait plus régulièrement que la pluie tombait en abondance.
Et tandis que Cécile se repassait son film dans la roseraie, le vrai René qu'elle appelait Jacques mangeait en tête à tête avec la très anorexique maman de Cécile et Céline sous le portrait liseré de noir du papa. On entendait le clac du sécateur de Tom cueillant de belles frassées de roses déstinées au nombreux vase de la maison.
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MessagePosté le: Dim 17 Juil - 21:42 (2011)    Sujet du message: suite Répondre en citant

René s'en alla rejoindre Cécile au fond de la roseraie, là il la trouva assise à une table avec un type d'allure assez jeune quoique ayant les tempes grisonnantes.
"Jacques, je te présente Ralph, c'est notre jardinier, c'est lui qui nous fait toutes ce merveilles ici".
Le jardinier se leva et offrit sa chaise à René qui l'accepta bien volontiers tout comme il accepta aussi un grand verre d'une eau légèrement pétillante sortant d'un carafon où macéraient des tiges d'estragon.
Cécile était très belle avec ce fond de soleil couchant, il ne manquait que la mer mais la roseraie était déjà un décor splendide, René regretta de n'avoir pas d'appareil photo sous la main.
De toutes manières, si dit-il, Cécile refuserait que je la prenne en photo. Et lui de se rappeler sa scène deux mois auparavant quand un gosse les avaient filmés s'embrassant près d'un bistrot la Rochelle et qu'il venait leur vendre son cliché. Pauvre gosse, il en avait pris pour son grade et sa photo avait été déchirée en une fraction de seconde retombant au sol comme des centaines de flocons de neige sans même le temps pour René de la regarder, au moins la voir, l'apercevoir.
Ralph était rentré dans le Pavillon de chasse après avoir fait ses adieux au couple, le lendemain tôt matin il devait se rendre à Nice pour prendre un avion pour ailleurs, le menant quelque part au Brésil chez son nouveau patron. Cécile ne bronchant absolument pas, René se dit qu'elle était au courant puisqu'elle discutait avec le jardinier depuis un bon bout de temps avant qu'il arrive, après tout ce n'étaient pas ses affaires, mais il se demandait qui allait donc bien remplacer Ralph pour entretenir ce magnifique jardin et ce beau potager qu'il distinguait à travers une haire sur le côté du pavillon de chasse.
"Tu as l'air d'avoir conquis ma mère... fais attention tout de même, c'est une sorcière... enfin comme elle croit que tu es René, nous pourrons dormir ensemble au château, c'est déjà çà !"
C'est vrai qu'il avait bien accroché avec la vieille tout en éprouvant une certaine répulsion à son égard, une vieille femme très maigre, nue se faisant téter par des petits serpents et ceux-ci lui grouillant entre les cuisses, il s'imaginait le voir la pénétrer et elle de s'en procurer de multiples orgasmes et cela ne le faisait pas bander.
Cela lui permettait de conclure pour lui même que "telle mère, telle fille", et de mieux comprendre toute cette passion qu'y mettait Cécile dans leurs rapports physiques, cette ardeur, ce désir insatiable de plaisir sexuel.
Quelques gouttes de pluie s'étaient mises à tomber et le couple enlacé retourna lentement vers le château, les ross se refermaient et avec cette luminosité tout semblait changer de couleurs, graduellement le paysage et le chateau en lui-même virait dans différentes touches de vert.
René pensa que la nuit allait être torride !
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